Texte présenté par Jean-Pierre Martin à la rencontre du 24 octobre 2009

Samedi 24 octobre 2009, par MD // ACTUALITES

PANDEMIE ET POLITIQUE DE LA PEUR

Les annonces depuis l’été de l’arrivée d’une pandémie grippale de type A(H1N1) est l’occasion d’une politique de communication alternant alarmisme et le refuge dans une seule solution : la vaccination de masse, par un vaccin incertain, dont la définition des prioritaires subit des variations surréalistes d’une semaine à l’autre, dont le traitement classique par le Tamiflu se fait dans le silence sur sa réelle inocuité ce qui sert évidemment la firme pharmaceutique qui le commercialise. Cette politique s’accompagne de la mise en place d’un dispositif quasi militaire : l’EPRUS (établissement de préventions des risques et d’urgence sanitaire), et le branle bas de combat des étudiants en médecine et des médecins retraités pour vacciner dans des centres de vaccination de campagne.
Une pétition de professeurs de médecine a demandé en vain la mise en place d’un conseil large d’experts afin de conduire cette crise sanitaire de façon raisonnée et qualifiée.
Cette campagne est effectivement la démonstration de ce qui sépare la prévention qui est de l’ordre du collectif du principe de précaution qui centre la responsabilité sur le malade et les professionnels.
Au-delà du problème de santé publique bien réel et de l’importance de la vaccination dans le recul des grandes maladies historiques, cette pandémie est l’occasion d’une mise en condition de l’opinion à des mesures de restriction des libertés, dont le dernier avatar est l’équipement des élèves de la région lyonnaise d’une puce pour pister le virus . L’objectif est d’établir à partir d’un modèle mathématique des informations sur les circuits de transmission de cette grippe. Chacun peut imaginer les multiples applications de contrôle des jeunes que cette méthode expérimente !
Cette actualité est à relier au discours sécuritaire du président de la république. L’annonce à nouveau d’une loi pour traquer la récidive à partir de l’émotion médiatique occasionnée par le meurtre commis par un délinquant sexuel sans suivi psychologique et judiciaire est un autre exemple de la mise en place d’une société de surveillance. Cette stratégie de la politique de la peur accompagne également les restructurations de la nouvelle gouvernance néolibérale et ses effets destructeurs dont le moindre n’est pas la série de suicides qui frappent non seulement France Télécom mais nombre d’entreprises et de services publics.
Cette communication sur A(H1N1) et les mesures prises met en évidence les effets nocifs du programme Hôpital 2007 et de la loi HPST qui ferme un grand nombre de structures de proximité publiques au nom de leur non rentabilité, ce qui rend illusoire la réponse à la pandémie au niveau des établissements hospitaliers.
La campagne contre le virus porte atteinte à nouveau au travail de proximité et ambulatoire de la psychiatrie, par la solution proposée par les préfets de plusieurs régions de rapatrier les patients atteints de la grippe à l’hôpital au nom des - Plans Blancs - habituellement mis en œuvre dans les périodes de grand froid hivernal et lors d’évènements à risques comme une coupe du monde de football ou une catastrophe naturelle. Là aussi le principe de précaution fait porter aux patients et aux professionnels la responsabilité de contamination, les soignants étant par ailleurs dans l’obligation de se vacciner comme possibles porteurs sains contaminants et pour éviter les sous-effectifs dans les services liés à la pandémie.
Cette contradiction entre politiques et moyens se retrouve pour les personnes précarisées à la rue ou dans les lieux d’accueils d’urgence du social pour lesquels il a fallu plusieurs mois avant que soient annoncées un dispositif sanitaire de vaccinations, avec comme mesures d’accompagnement : la réquisition de lits dans les haltes soins santé et le retour de l’argument de contrainte vers une hospitalisation ou un hébergement. Cette orientation répressive, déjà annoncée lors des morts du Bois de Vincennes de l’hiver dernier, est par ailleurs reprise dans la circulaire relative aux mesures hivernales et d’accès au logement du 14 octobre 2009 de ces mesures de contrainte en cas de refus des intempérants qui s’appuie sur la vieille loi de Vichy d’obligation d’assistance à personne en danger, une autre façon de faire porter la difficulté et la responsabilité des morts sur les seuls professionnels du soin et des pompiers.
Parallèlement la médecine générale n’est pas sollicitée, alors que les médecins traitants sont les plus à même de juger de la pertinence de la vaccination, ce qui serait l’occasion de mettre en évidence les déserts sanitaires non traités par la loi HPST et de mettre les médecins « dépasseurs » d’honoraires dans la nécessité de se plier à l’intérêt général. Elle donne aussi l’occasion au patronat d’expérimenter de nouvelles atteintes au droit du travail par l’organisation de dérogations quant au lieu d’activité et du temps de travail.
Pour toutes ces raisons nous dénonçons ces instrumentalisations de la peur tout en appelant les citoyens à se rapprocher des consultations soignantes pour avoir une information qualifiée.

Texte présenté par Jean-Pierre Martin à la rencontre du 24 octobre 2009

http://lyon.novopress.info/5131/lyo...

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