Article de l’Agence Normande d’Information du 24 octobre 2009

Samedi 24 octobre 2009 // CDLF Rouen

Controverse à Rouen L’interpellation de SDF alarme les Restaurants du Coeur

Les Restaurants du Coeur de l’agglomération rouennaise a dénoncé vendredi l’arrestation par la police de cinq bénéficiaires d’aides humanitaire le 14 octobre sur un des sites de distribution de rue à Rouen. « Comme chaque jour de la semaine », indique l’association, les bénévoles des “Camions du Coeur“ de Rouen étaient arrivés place des Emmurés vers 20h30 afin de procéder à la distribution de repas et de produits d’hygiène ou de protection contre le froid avant que la police ne procède aux interpellations.

Ces arrestations sont en totale contradiction selon les Restaurants du coeur avec les engagements du ministre de l’immigration qui indiquait aux associations apportant une aide humanitaire aux étrangers en situation irrégulière en juillet dernier “les lieux où sont soignés, alimentés, hébergés les personnes en situation de détresse, ne sauraient être la cible d’une politique de contrôle et d’interpellation“.

« Ces interventions policières ont des conséquences désastreuses car elles sapent le travail des bénévoles et des professionnels qui oeuvrent tous les jours pour garantir le minimum vital des personnes à la rue », note Benjamin Planchon responsable des gens de la rue aux Restaurants du coeur à Rouen.

Cinq jours après les faits, les Restaurants du Coeur regrettent « le silence du ministre » et appellent « une nouvelle fois » le Gouvernement pour qu’il respecte ses engagements « afin de sanctuariser les lieux d’aide humanitaire sur le territoire national ».

Interrogée sur ces arrestations, la police nationale a confirmé qu’une patrouille était intervenue à la suite de tapages nocturnes auprès d’un groupe de dix personnes qui stationnaient sur la place. Cinq Tunisiens ont été emmenés au poste pour vérification d’identité. Ils ont été verbalisés pour tapage nocturne puis remis en liberté. La police a certifié qu’elle n’avait pas reçu de consignes particulières pour contrôler les lieux de distribution mais qu’elle avait agi uniquement pour faire cesser les troubles.

« Ce qui est gênant c’est que les policiers sont intervenus pendant la distribution et qu’ils sont venus à trois fourgons et non par hasard avec un seul véhicule », remarque à rebours Benjamin Planchon. L’association note enfin l’augmentation récente des primo arrivants sur l’agglomération de Rouen (80 par mois actuellement, 40 par mois début 2009) « alors que les délais de traitement des dossiers d’étrangers sont passés en préfecture de 2 à 4 mois ».

Le groupe des élus communistes de Rouen à exprimé quant à lui sa « plus grande colère » face à ces arrestations qui « illustrent le caractère ultra répressif en cours actuellement dans notre pays ». « Nous vivons décidément dans notre pays, une période noire, faite de craintes, de dénonciations, de contrôles aux faciès et de non prise en compte des souffrances vécues par de très nombreuses personnes vivant sur notre territoire », commentent encore les élus.

De son côté, le collectif pour la défense des libertés fondamentales (CDLF) et le réseau d’éducation sans frontière (RESF) de Rouen ont demandé vendredi à être officiellement reçus par le directeur de la police de Rouen afin de s’expliquer sur ces « pratiques condamnables qui rappellent d’autres rafles à d’autres périodes de notre histoire ».

Un rassemblement de protestation est annoncé mardi en fin de matinée devant l’Hôtel de police central de Rouen.

Patrick Streiff

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